Soulanges - la dernière école de rang au Québec

Le 5 octobre 2025 avait lieu le dévoilement des maquettes de la dernière petite école de rang du Québec encore active. L’événement s’est tenu dans la municipalité de Saint-Télesphore dans la salle Montjoie de l’église. Les maquettes ont été réalisées par l’artisan de grand talent Mark Walsh. Celui-ci a pris un soin particulier pour reproduire le plus fidèlement possible les moindres détails de l’école.

École de rang

La dernière école de rang encore active- photo septembre 2012

Les maquettes de Mark Walsh

La première maquette reproduit les bâtiments de l’école telle qu’elle existe aujourd’hui avec tous ses ajouts au fil des années. L’artisan a pu bénéficier de visites privées du lieu pour en faire des photos, croquis et prises de mesures en vue de la réalisation de son ouvrage miniature. Celui-ci est à l’échelle 1:24 et a nécessité plus de mille heures de travail.

La deuxième maquette représente l’école telle que construite en 1919. Elle a pu être réalisée en grande partie grâce à l’apport précieux et à la mémoire encore intacte d’un ancien élève et, plus tard, enseignant, M. Wayne Morrison. Celui-ci était présent lors de l’événement, de même que l’enseignante madame Lorraine Krause, dont la détermination a contribué à maintenir l’école vivante en mobilisant la communauté quand on a voulu la fermer au début des années 1990.

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La petite histoire de l’école Soulanges

Le bâtiment actuel a été construit à l’été 1919 par l’entrepreneur Avila Cuillerier pour un coût de 1 900 $. L’école a été officiellement ouverte en octobre 1919.

Plusieurs transformations importantes se sont produites :

  • Vers 1951-52 : ajout d’une petite extension à l’arrière pour installer des toilettes.
  • 1952 : l’électricité est installée.
  • 1955 : remplacement du poêle à bois par un radiateur à l’huile.
  • 1969 : forage d’un nouveau puits, isolation des murs/plafond, installation d’une chasse d’eau, ajout d’un porche pour manteaux et bottes.
  • 1973 : création du Lakeshore School Board, installation du chauffage électrique/propane, modifications intérieures, moquette au plancher.

L’école est bilingue (français et anglais), elle dessert les classes de la maternelle jusqu’à la 6ᵉ année, avec des classes multiniveaux. Les élèves plus âgés aident les plus jeunes, ce qui renforce le sentiment de communauté.

Quand il a fallu aménager une deuxième classe, la communauté de Saint-Télesphore s’est mobilisée pour participer (dons de matériaux, implication locale) afin de conserver l’école ouverte.

En 2019, l’école a célébré son centième anniversaire (100 ans) depuis l’ouverture du bâtiment de 1919.

L’esprit communautaire

Le fait que la communauté s’implique fortement dans son maintien montre que ce genre d’école a encore un rôle social fort dans les petites localités rurales.

L’école est un très bel exemple de patrimoine vivant : ce n’est pas simplement un bâtiment historique, elle fonctionne toujours comme école.

Les améliorations matérielles illustrent comment l’école rurale s’est adaptée aux progrès (électricité, plomberie, isolation…) tout en gardant beaucoup de son charme et de sa structure d’origine.

Les écoles de rang au Québec

Sous le régime français, le système d’éducation est concentré autour des centres économiques de la Nouvelle-France, Québec, Trois-Rivières et Montréal. Avec la progression de la colonisation, des écoles de village font leur apparition dans les villages. L’Église y a alors la main haute et l’État n’y joue à peu près aucun rôle. Les fabriques sont donc chargées d’ériger les écoles et de les entretenir. Le régime anglais essaiera de briser le monopole de l’Église sur l’éducation, mais avec un succès bien relatif, faisant face à un vent contraire de la part du clergé. De 1760 à 1820, la population s’accroit et les rangs se multiplient dans les campagnes. Le développement rural, surtout marqué par le développement de l’agriculture, fera en sorte qu’on voit apparaître, dès 1829, des écoles de rang, compromis entre l’État et l’Église. L’Acte pour l’encouragement de l’Éducation élémentaire, dénommé Loi des écoles d’Assemblée, en traduit la réalité. On dénombrait 5 125 écoles de rang au Québec en 1951 selon le Département de l’Instruction publique.

Les rôles de la maîtresse d’école

La maîtresse d’école jouait un rôle essentiel, avec le curé, dans le destin des enfants. Elle suscitait à la fois admiration et méfiance auprès des habitants.

Elle doit enseigner aux enfants de six ou sept niveaux différents dans la même classe. Elle doit aussi entretenir l’école, la chauffer, s’assurer de son alimentation en eau et de la salubrité des latrines. Tout cela pour un salaire annuel de 105 $ en 1900, alors que les instituteurs recevaient 220 $ la même année. En 1840, elles formaient 25% du personnel enseignant, alors qu’en 1900, ce pourcentage atteignait 95%. En 1937, Laure Gaudreault met sur pied le premier syndicat d’enseignantes, rompant ainsi le silence sur cette honteuse exploitation des femmes en revendiquant de meilleures conditions de travail.

Sources et références pour en savoir plus

Comments 4

  1. Cher René,

    Je suis si émue en lisant ton article sur l’école Soulanges, celle-ci construite par mon oncle Avila Cuillerier.

    J’étais déjà convaincue qu’en t’invitant j’aurais le privilège de voir des photos vivantes et de lire un article qui refléterait ma fierté. C’est encore plus vrai qu’imaginé !

    Quelle agréable surprise de lire l’histoire des écoles de rang au Québec et le rôle des maîtresses d’école… Grand merci pour tes recherches et ton temps investi. Très instructif.

    Les maquettes ont pris encore plus de valeur depuis que tu as rédigé ton article.

    Imagine-toi que Marc m’a légué la maquette de l’école d’origine. C’est tout un honneur et un grand privilège. Elle restera le plus longtemps possible à Saint-Télesphore.

    Advenant la fermeture de l’école, ce que je souhaite aucunement, elle survivrait grâce à Marc Walsh par ses maquettes construites à l’échelle avec tant de minutie et grâce à toi par tes photos et cet élogieux article… merci au journaliste que tu es. J’aime ta curiosité et ta belle plume. Tu es très intéressant.

    Malgré la quantité de personnes autour des maquettes et des boîtes protectrices qui créaient de nuisibles reflets, tu as capté de magnifiques photos des écoles et des belles rencontres entre invités.

    Du fond de mon cœur,
    Diane

  2. Merci beaucoup, René, pour ces photos et les informations historiques. Je suis touchée par le soin que tu as mis à nous faire connaître ce patrimoine.

  3. Merci René, le texte et les photos me rappellent de beaux et vieux souvenirs; j’ai fait ma première année et la moitié de ma deuxième dans une école de rang à Mont-Carmel. Il y avait deux classes, chacune comprenant plusieurs niveaux, et une des maîtresses résidait dans l’école, au deuxième étage. L’école était à environ un mille de chez nous et nous y allions à pied en toute saison.

    Pour Diane : merci à toi aussi et à tous ceux et celles qui ont participé à l’organisation de ce bel événement. Je félicite l’artisan Mark Walsh qui crée de si belles maquettes incluant même les plus petits détails.

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