Le rougegorge familier de Montréal

Première observation au Canada et quatrième seulement dans toute l’Amérique du Nord, le rougegorge familier a été aperçu à Montréal par Sabrina Jacob, le 7 janvier 2026. Résidente de l’arrondissement Mercier – Hochelaga-Maisonneuve, celle-ci s’intéresse aux oiseaux depuis quelques années. C’est en sortant ses poubelles un matin qu’elle a entendu un chant nouveau pour elle. Elle a aussitôt sorti son appareil photo pour l’immortaliser en image et publier sa découverte sur eBird. Ce fut alors le début d’une véritable ruée vers ce secteur du quartier pour avoir la chance d’observer ce phénomène. La première fin de semaine, pas moins de 400 personnes étaient présentes autour de l’oiseau.
Pour ma part, j’ai attendu quelques semaines avant d’y aller, au risque de le rater, car je fuis généralement ce genre de rassemblement incompatible avec l’esprit de contemplation qui m’anime lorsque je pratique mon activité d’observation et de photographie d’oiseaux. Heureusement pour moi, lorsque je m’y suis rendu le 3 février, seulement trois personnes s’y trouvaient. On avait droit à un soleil magnifique et à une température d’environ -10oC. C’est vers 10h30 que la vedette s’est finalement pointée sur une branche de thuya occidental au coin des avenues Rougemont et Dubuisson. Quelle beauté ! C’était assez émouvant de voir cette boule de plumes gonflées s’afficher aussi loin de son habitat naturel.
Comment a-t-il pu se retrouver ici, si loin de son habitat naturel ? Les spéculations vont bon train. Certains croient qu’il aurait traversé comme passager (clandestin?) d’un bateau, le port de Montréal n’étant pas très loin. D’autres croient qu’il aurait traversé l’Atlantique de lui-même en raison du froid inhabituel régnant en Europe du Nord à la fin de 2025 ou que son voyage aurait été favorisé par les vents forts en France à l’automne 2026. Ces dernières hypothèses étant les plus plausibles selon les spécialistes.

Couverture médiatique
La nouvelle a rapidement fait le tour du monde et a été reprise par des journaux locaux comme La Presse et Le Devoir, mais aussi par Le Monde, en France, ainsi que par des médias comme ICI Radio-Canada, CTV, CityNews et TVA.

Informations générales sur le rougegorge familier
Voici un résumé des informations qu’on peut retrouver sur le site Birds of the World (en abonnement payant).1
Aperçu de l’espèce
Le Rougegorge familier (Erithacus rubecula) est un petit passereau territorial reconnaissable à sa poitrine et sa face orangés distinctifs. Malgré son nom rougegorge, sa coloration est résolument orange plutôt que rouge. L’espèce mesure 14 cm et pèse entre 14 et 25 g.
Caractéristiques clés
| Classification | Ordre des passériformes, famille des Muscicapidae |
| Sous-espèces | 9 reconnues (variation géographique minimale) |
| Statut de conservation | Préoccupation mineure (population européenne stable : 43-83 millions de couples) |
| Aire de répartition | Des îles Britanniques jusqu’en Iran, incluant l’Afrique du Nord et les îles atlantiques |
Répartition et migration
Les schémas migratoires varient considérablement selon les régions. Les populations orientales (à l’est d’une ligne Norvège-Europe centrale) sont entièrement migratrices, se déplaçant vers le bassin méditerranéen en hiver. Les populations occidentales sont largement sédentaires ou seulement partiellement migratrices, les femelles étant plus susceptibles de migrer. Les îles Canaries abritent des populations strictement sédentaires.
Habitat et comportement
Le Rougegorge familier occupe une grande variété d’environnements, notamment les lisières forestières, les parcs urbains et les jardins. Les exigences clés pour une occupation durable du site incluent de l’ombre, une couverture de hauteur moyenne avec des perchoirs et des zones de sol nu. L’espèce est célèbre pour son comportement confiant envers les jardiniers, suivant activement ceux qui bêchent le sol pour profiter des invertébrés exposés.
Régime alimentaire
Le régime se compose principalement d’invertébrés (coléoptères, mouches, fourmis, vers de terre), complétés de manière opportuniste par des fruits lorsqu’ils sont disponibles. La consommation de fruits reflète souvent la disponibilité des fruits plutôt qu’une pénurie d’arthropodes. Les méthodes de recherche de nourriture comprennent la chasse à l’affût depuis des perchoirs bas et le sautillement au sol.
Reproduction
La saison de reproduction s’étend d’avril à juillet selon la région. Les nids, en forme de coupe faits de mousse, d’herbe et de feuilles, sont toujours placés dans une cavité (bancs herbeux, murs, cavités d’arbres, souvent dans du lierre). La ponte typique est de 4 à 7 œufs, avec une période d’incubation d’environ 14 jours. Le succès de reproduction global en Grande-Bretagne est de 55 %, avec 71 % des œufs et 77 % des oisillons atteignant l’envol.
Territorialité
Les deux sexes sont très territoriaux. Les mâles défendent des territoires toute l’année, tandis que les femelles maintiennent des zones séparées en hiver. Le chant complexe – un mélange de gazouillis argentés et de notes prolongées – est chanté principalement par les mâles au printemps et en été. Un « chant d’automne » plus mélancolique est produit par les deux sexes pendant le reste de l’année, même dans l’obscurité de mi-hiver.
Statut de conservation
L’espèce est classée comme Préoccupation mineure à l’échelle mondiale, avec une population européenne importante et stable. Les densités peuvent atteindre 100 couples/km² dans un bon habitat boisé et les jardins de banlieue. Bien que largement stable, de nombreux individus sont encore capturés pour la consommation dans le bassin méditerranéen pendant l’hiver.
Démographie
| Longévité | Plus de 8 ans (enregistré) |
| Mortalité annuelle des adultes | 58-62 % (Europe) |
| Territoire de reproduction | 0,84 ha (moyenne GB) |
| Âge de première reproduction | 1 an |
Importance culturelle
Le Rougegorge familier occupe une place importante dans la culture européenne, apparaissant fréquemment sur les cartes et décorations de Noël – une tradition vraisemblablement enracinée dans l’association avec les facteurs de l’époque victorienne qui étaient surnommés « robins » en raison de leurs uniformes rouge vif. Son comportement confiant et sa présence dans les jardins en ont fait l’un des oiseaux les plus familiers et les plus appréciés dans une grande partie de son aire de répartition.



- Kirwan, G. M., N. Collar, and D. D. Goodman (2025). European Robin (Erithacus rubecula), version 1.1. In Birds of the World (G. M. Kirwan and B. K. Keeney, Editors). Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY, USA. https://doi.org/10.2173/bow.eurrob1.01.1 ↩︎


Comments 7
Très bel article et toujours de très belles photos René. J’ai pensé à toi quand j’ai entendu parlé de ce petit voyageur insolite.
Merci, René, pour ces belles images et ton texte informatif. J’ai bien apprécié!
De toute beauté! Merci pour tes photos et les informations.
Wow ! Merci René pour le partage. Les photos sont magnifiques et le texte est super détaillé.
Bravo, René!
J’en avais entendu parlé à la radio, alors félicitation pour l’avoir rencontré et nous en partager quelques photos. J’en avais justement cherché pour montrer à Marie, sans succès. Donc merci !
Salut René
Très belles photos et une qualité hors pair de ton texte nous fait comprendre l’évènement unique qui se déroule à Montréal avec la venue de ce rouge gorge.
Toujours fidèle à toi même, au risque de le manquer, tu as attendu la baisse d’achalendage pour l’observation.
Au plaisir de se revoir bientôt
Je te salue mon ami
Merci René pour les infos et photos de ce rougegorge familier. Le petit doit se sentir bien seul et loin de ses proches.